mercredi 30 août 2017

Ma reine

Jean-Baptiste Andrea

L’Iconoclaste, 2017



Des amis, il n’en a pas.
Chez lui, on ne parle pas beaucoup ; son père préfère regarder la télévision...
Sa sœur habite à la ville ; elle vient une fois l’an.
L’école, il a dû la quitter pour un établissement spécialisé... où il n’est finalement jamais allé.

Alors, il a enfilé le blouson orange marqué Shell dans le dos, et il s'acquitte consciencieusement des deux missions que lui ont confiées ses parents : lustrer le téléphone en bakélite et confectionner le papier toilettes des WC de leur station essence. Il découpe des carrés dans le journal, en faisant bien attention à ne pas tailler dans un numéro que son père n’aurait pas lu... ou bien gare à la beigne !

Mais voilà que ses parents parlent de se séparer de lui.
Alors il part. Il va aller là où vont les hommes : à la guerre, pour montrer aux yeux du monde qu’il n’est plus un enfant.

La guerre, c’est loin.
Il va s’arrêter en chemin, mais va pourtant grandir, grâce à une lumineuse rencontre.

Viviane a le même âge que lui. Pour une fois, on ne le regarde pas comme un demeuré. On ne se moque pas de lui. On ne lui lance pas de pierre. Le temps d’un court été, Viviane va devenir sa reine, son alpha et son oméga, celle qui illumine ses jours, celle qui le considère enfin comme un être à part entière, même si elle en fait son sujet, qui lui doit à ce titre une complète obéissance. Même s’il doute de l’existence de son palais aux mille pièces changeantes, Shell choisit de croire qu’elle est une fée. Il est si heureux de la saveur nouvelle que Viviane donne à sa vie !
Retranché dans un coin de la montagne, il attend chaque jour sa venue. Il découvre le sens de la complicité, de la confiance et de la loyauté. La vie prend un autre tour. Son horizon s’élargit.

Il y a un homme, aussi. Un berger. Un taiseux. Qui a connu son lot d’infortune, croit-il deviner. Entre eux, les échanges sont simples. Ils se font d’homme à homme, d’égal à égal, sans fioritures. Avec lui, la vie a la beauté abrupte des terres rocailleuses où paissent les moutons.

Au contact de deux êtres, un petit garçon pas comme les autres s’éveille à l’amitié et à l’amour. Jean-Baptiste Andrea nous offre un conte à la fois rugueux et tendre, ayant la saveur douce-amère de l’existence, le récit âpre et délicat d’un enfant qui affronte le monde, telle une étoile filante illuminant le ciel. C’est beau et cruel à la fois. Comme l’est souvent la vie.


Découvrez aussi le billet de Sandrine 


18 commentaires:

  1. une de mes prochaines lectures... et peut-être un 68?

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  2. en effet, de quoi attirer l'attention, je note!

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    1. Une jolie écriture. L'auteur nous plonge vraiment dans une ambiance.

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  3. Oui, c'est exactement ça : la vie sous nos yeux. Avec cette touche de magie qui la rend belle, mais qui peut aussi être source de malheur.

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    1. Oui, je crois que nous avons fait la même lecture ;-)

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    1. Oui, ça ne m'étonnerait pas qu'il te plaise, en effet. A suivre ;-)

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  5. J'ai lu le billet de Sandrine et à vous deux, c'est malin, vous m'avez convaincue.

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  6. Bon... Comme ça tu auras pris un peu d'avance ;-)

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  7. Déjà repéré dans la sélection FNAC, j'espère que mes bibliothèques l'achèteront !

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  8. Je crois que ce sera l'une de mes prochaines lectures :)

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    1. Je te lirai avec intérêt. Mais je crois que j'ai essayé d'inclure ton blog dans mon flux rss et que je n'y suis pas parvenue. Du coup, je ne le suis pas de manière régulière... :-(

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  9. Ouuuh, ça a l'air intéressant, dis donc... Il commence à avoir une certaine visibilité, en plus. Je note !

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    1. Disons qu'il y a vraiment une atmosphère et une certaine poésie dans ce livre...

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