vendredi 8 décembre 2017

Ces rêves qu’on piétine


Sébastien Spitzer

L’Observatoire, 2017




Vous avez certainement entendu parler de ce roman : il a été plébiscité par la blogosphère, et l’on criait déjà au chef-d’œuvre dès avant sa sortie, au cours de l’été dernier. C’est vous dire si la curiosité était vive et l’attente considérable... Démesurée, même, serais-je tentée de dire. 
Quant à moi, j’ai préféré attendre que le soufflé retombe un peu. Et puis je n’étais sans doute pas si pressée de me jeter sur un nouveau roman ayant pour sujet la Seconde Guerre mondiale...

Nous sommes donc au printemps 1945, le IIIe Reich vit ses derniers jours et, dans Berlin assiégé, Hitler et son fidèle lieutenant Goebbels, la femme et les six enfants de ce dernier se terrent dans un bunker, là même où ils ne tarderont pas à se donner la mort. La narration alterne entre les réflexions et les souvenirs de Magda Goebbels, et ceux de plusieurs déportés juifs, parmi lesquels le propre père de Magda, qu’elle avait choisit de rejeter pour mieux complaire au régime nazi.
Le contraste entre l’incompréhension d’un père abandonné par sa fille ainsi que le récit des atrocités commises par les bourreaux nazis et la sécheresse d’une femme aveuglée par l’ambition accentue encore, si cela était possible, la barbarie de ce régime. 

Si l’écriture de ce roman est vive, si le rythme est très bien maîtrisé, je n’ai pas eu le sentiment d’apprendre beaucoup de choses à sa lecture. Certes, j’ai découvert la personnalité de Mme Goebbels dont j’ignorais tout, je l’avoue. On a à faire à une femme froide et dénuée de scrupules, mais à quoi pourrait-on s’attendre de la part des dignitaires du régime nazi ? Ce personnage permet néanmoins d’illustrer jusqu’à quel degré de renoncement à toute forme d’humanité celui-ci put conduire les individus. Ce qui n’est certes pas si mal, mais qui ne suffira pas, en ce qui me concerne, à faire de ce livre un incontournable.


Amandine et Nicole, comme d'autres lecteurs des 68, ont aimé


Ces rêves qu’on piétine, Sébastien Spitzer, L’Observatoire
Et soudain, la liberté, Evelyne Pisier & Caroline Laurent, Les Escales
Faux départ, Marion Messina, Le Dilletante
Il n’y a pas Internet au paradis, Gaëlle Pingault, ediditions du Jasmin
Imago, Cyril Dion, Actes Sud
La fille du van, Ludovic Ninet, Serge Safran
Catherine Baldisseri, Intervalles
Le courage qu’il faut aux rivières, Emmanuelle Favier, Albin Michel
Les liens du sang, Errol Henrot, Le Dilettante
Ma reine, Jean-Baptiste Andrea, L’Iconoclaste
Mademoiselle, à la folie, Pascale Lécosse, La Martinière
Neverland, Timothée de Fombelle, L’Iconoclaste
Ostwald, Thomas Flahaut, L’Olivier
Parmi les miens, Charlotte Pons, Flammarion
Redites-moi des choses tendres, Soluto,Le Rocher
Sauver les meubles, Céline Zufferay, Gallimard
Son absence, Emmanuelle Grangé, Arléa
Une fille, au bois dormant, Anne-Sophie Monglon, Mercure de France

37 commentaires:

  1. Et comme je crois que ma bibli ne l'a pas, je vais passer (pourtant il existe des billets plus enthousiastes que le tien)

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    1. Oui, il y a eu beaucoup d'enthousiasme sur ce livre. Mais, comme souvent, finissent par se faire entendre des avis plus (que) mitigés.

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  2. On l'a trop vu dès le départ, là, c'est retombé comme un soufflé. J'ai déjà suffisamment lu sur le sujet, Mme Goebbels je sais qui c'était (je sais surtout ce qu'elle a fait !). Là, j'en suis à me dire "quand est-ce qu'on s'intéresse à des gens qui ont fait des trucs bien ??" Ou à des fictions complètement inventées, qui ne s'appuient pas sur des personnages réels ?

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    1. Moi, ce n'est pas ça qui me gêne. C'est plutôt qu'au final, je ne trouve pas que ce livre apporte grand chose sur la connaissance de cette effroyable période historique.

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  3. C'est qu'on en a parlé comme étant un bijou et un incontournable! haha tu parles que le soufflé retombe, moi je découvre les romans 1 an au minimum après leur sortie :-) j'aimerai malgré tout lire celui-ci mais je ne l'achèterai pas!

    ps: c'est bien d'avoir des avis divergents sur la blogo :)

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    1. Il se trouve dans beaucoup de bibli (c'est d'ailleurs là que je me suis procuré mon exemplaire), tu ne devrais pas avoir de mal à le trouver...

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  4. J'attendais que la poussière retombe. Finalement, je vais passer mon tour!!!

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  5. Je crois, Delphine qu'il faut définitivement que tu arrêtes de lire des romans sur cette période :-)
    Sans crier au génie (ou à l'incontournable, qualificatif tellement galvaudé qu'il devient rédhibitoire pour nombre de lecteurs), ce premier roman va bien au-delà de la simple histoire de Martha Goebbels... Il parle surtout des hommes, ceux qui sont morts et ceux qui ont survécu on ne sait trop comment. Certains n'apprendront rien (et tant mieux s'ils savent déjà tout sur cette époque qui pourtant n'en finit pas de livrer de nouvelles facettes), pour d'autres, il apportera un angle, qui peut-être cette fois, les touchera, les choquera et fera écho à d'autres événements bien plus actuels...).
    Je suis de celles qui pensent qu'on ne cesse d'apprendre de l'Histoire, et ce roman apporte sa pierre à la nécessaire pédagogie qui se fait aussi par l'émotion.
    Je suis d'accord, on a tendance a porter aux nues un peu trop vite dans la blogosphère au risque de desservir le livre au final. Il n'en reste pas moins que ce roman fait partie des livres remarquables de cette rentrée, de ceux qu'on aime savoir entre de nombreuses mains.

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    1. A vrai dire, j'au un instant pensé conclure mon commentaire en disant que je mettrais bien ce livre entre les mains de mon fils, car, en effet, je pense qu'il ne faut cesser de rappeler ce qu'a été cette période. Mais je me suis dit que cela aurait pu paraître condescendant, ce qui ne l'était vraiment pas dans mon intention.
      En ce qui concerne le terme "incontournable', je l'ai utilisé en toute ingénuité et je ne pensais pas qu'il produirait une telle réaction ;-) (sur FB, je précise pour les autres visiteurs). En effet, aucun bouquin n'est incontournable, mais cet été, j'ai vraiment eu l'impression qu'il était présenté ainsi sur la blogo.
      Quant aux livres sur la Seconde guerre, c'est vrai que je ne cours pas après. Mais je te rappelle que Nous les passeurs, de Marie Barraud, découvert aussi dans le cadre des 68, a été pour moi une vraie révélation. Et, pour le coup, j'avais trouvé le traitement de l'auteur très personnel et vraiment très enrichissant. Peut-être parce qu'elle évoquait l'héritage de cette période au-delà de la période elle-même, la question de la mémoire et de la transmission...
      Voilà qui nous promet des échanges passionnés dans une semaine, puisque les deux auteurs seront là, me semble-t-il !

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  6. Je suis tombée dessus dans ma médiathèque, j'ai beaucoup aimé et j'ai appris pas mal de choses.

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    1. Oui, je m'en souviens très bien ! Hélas, notre discussion avait été interrompue - trop de monde autour de la table :-) - et du coup, je ne sais pas très bien pourquoi... J'espère qu'on trouvera l'occasion de reprendre cette discussion.

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  8. Oh un livre sur lequel nous ne sommes pas d'accord enfin dans le sens des où je l'ai beaucoup beaucoup aimé. Je te rejoins sur Magda Gobbels dont j'ignorais tout également mais j'y aussi trouvé une belle force : celle des femmes à travers la froideur et la détermination de Gobbels mais aussi le portrait touchant d'Ava, et sa mère et bien sûr Lee Miller. Et puis je l'ai trouvé original dans sa construction, cette imbrication de faits réels et fictifs. Mais c'est toujours un peu le problèmes avec les livres si plébiscités ... Parfois on en attend beaucoup et la "magie" n'opère pas.

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    1. Oui, l'attente était démesurée. Mais l'aurais-je davantage apprécié sans cela... ?

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  9. Pour ceux qui veulent vraiment lire des romans (des vrais !) sur cette période, je recommande "Kaputt" et "La Peau" de Curzio Malaparte... "Tout le reste est littérature", comme a écrit Verlaine !

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    1. Heureusement, les sujets ne sont jamais inépuisables, sinon il y a longtemps que la littérature, justement, serait morte ! Et il existe sur cette période beaucoup d'excellents romans, y compris de très récents (j'en ai plus d'un en tête ;-)

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  10. Bizarrement ce roman est dans beaucoup de mes bibliothèques, mais en rayon la plupart du temps, ce qui est étonnant pour une nouveauté. Il semble avoir séduit la presse et la blogo, les libraires aussi, mais pas avoir atteint les lecteurs moins renseignés...
    Enfin, ce n'est qu'une petite constatation, qui prouve peut-être aussi que le sujet rebute pas mal de monde.
    Tant mieux pour l'auteur si ça marche, mais je ne pense ps le lire, ou alors plus tard.

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    1. N'oublie pas Kathel qu'il s'agit d'un premier roman dans une maison qui vient juste de naître (même si celle qui l'a fondée est loin d'être novice dans le métier). Donc, comme tu le soulignes, un livre vers lequel va sans doute moins spontanément le grand public...

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  11. Je l'ai commencé et voulais attendre avant de lire ton avis. Et j'ai finalement craqué, parce que tu confirmes mes premières impressions. Même si j'aime beaucoup cette période, littérairement parlant, je sature un peu de la seconde guerre mondiale. Et pour le coup, j'ai du mal à accrocher avec l'écriture.

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    1. Tu poursuis quand mêeme ta lecture ? On aura sans doute l'occasion d'en parler vendredi :-)

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    2. Je me tâte... j'avance encore un peu et je vais statuer �� à vendredi !

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  12. Enfin un avis car oui, j'ai entendu parler de ce livre mais sans jamais vraiment lire d'avis de blogueuses donc j'étais curieuse de te lire. Pour ma part, j'avais vu un documentaire à la télévision (Arte probablement) sur les Goebbels et puis un autre sur leurs derniers jours dans le bunker - et la froideur de ces personnes (qui là étaient sous nos yeux, filmés, riant, plaisantant alors qu'ils envoyaient à la mort des millions d'êtres humains) a suffi à me convaincre de ne jamais lire sur eux. J'ai vu ensuite un documentaire sur leurs enfants ou petits-enfants qui doivent aujourd'hui assumer le passé de leurs aïeuls. Bref, j'ai aussi énormément lu sur cette époque mais celui-ci ne me tente absolument pas. Pour revenir sur les "incontournables", je te rejoins sur l'envie de partager un livre qu'on a aimé (sinon on n'aurait pas de blog..) tout en sachant que certains n'aimeront pas. Les incontournables, cela me fait penser aux listes qui naissent dans les médias (les "100 livres qu'il faut avoir lus" par exemple) - en même temps, j'aime bien la LGL lorsqu'elle invite les auteurs à nommer leurs livres préférés et qu'ils ne sont pas d'accord et que certains disent même s'être totalement ennuyés ou n'avoir jamais fini tel chef d'oeuvre... Je déteste Stendhal, Balzac .. et ça va, je le vis plutôt bien ;-)

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    1. De toute façon, il n'existe pas un livre qui touche tous les lecteurs. Il faut accepter que nous n'ayons pas tous la même sensibilité. Ce qui n'empêche, et comme tu le dis c'est bien pour ça qu'on a des blogs, que l'on a envie d'amener de nouveaux lecteurs vers les livres qu'on a particulièrement aimés. Et c'est amusant que tu cites Stendahl, parce que moi qui suis une grande amoureuse de la littérature française du XIXe siècle, je n'ai jamais réussi à lire Le Rouge et le Noir :-)

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  13. Tout pareil que toi !!! Je me suis précipitée pour l'acheter dès que Nicole en a parlé. C'est vrai que c'est très bien écrit et que l'angle choisi (les derniers jours du nazisme vus par une des dignitaires du régime) est plutôt original mais je n'ai pas adhéré à tout, aux lettres du père ou à ces rescapés du camp qui disparaissent l'un après l'autre. Et surtout il est impossible d'avoir la moindre empathie pour cette femme.

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    1. Ah, mais ça ce n'est pas la faute de l'auteur, je pense ! Tu me dirais que tu as éprouvé de l'empathie pour Magda Goebbels, je m'inquiéterais :-))
      Je ne sais pas si tu as lu La disparition de Josef Mengele, par exemple, c'est la même chose. Pas d'empathie possible.
      La question est ailleurs, je pense. Si on pense au fameux Ordre du jour, de Vuillard, pas d'empathie non plus. Mais le regard posé est très incisif. Et l'auteur propose un angle de vue particulièrement intéressant et pertinent, je trouve, et qui fait encore écho à des situations que nous connaissons aujourd'hui, même si le contexte n'est naturellement pas le même.

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    2. Ce n'est pas la faute de l'auteur, mais c'est quand même son choix de nous faire vivre ces moments-là par cette femme-là, et elle a tellement peu d'humanité que j'ai eu vraiment du mal...
      J'ai quand même mis le Vuillard sur ma liste au Père Noël, parce que, en effet, il semble apporter encore un autre regard à cette histoire.

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    3. Ah oui, Vuillard me semble vraiment être un écrivain intéressant, un écrivain qui compte !

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  14. Comme toi, je ne me suis pas précipitée. Je n'avais pas prévu de le lire d'ailleurs, le sujet ne me tentait pas et puis je l'ai ouvert et je me suis laissée happée par l'écriture, la poésie de certains passages qui racontent pourtant des évènements barbares et cruels. Ce contraste m'a semblé tellement maitrisé par l'auteur que j'avoue avoir complètement craqué pour sa plume. Certes, on y apprend rien de nouveau, il y a déjà eu tellement de livres sur le sujet, mais on ne le lit pas non plus comme un livre d'histoire. Pour ma part, j'y ai trouvé autre chose et j'ai beaucoup aimé.

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    1. Beaucoup de lecteurs sont dans ton cas, me semble-t-il... Ceci dit, même si ce livre ne m'a pas vraiment touchée, j'ai trouvé qu'il y a avait en effet une certaine maîtrise narrative.

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  15. On apprendre rien de neuf, je suis d'accord mais j'ai été impressionné par la maîtrise narrative et la force de l'écriture. Surtout pour un premier roman.

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    1. Tu as écrit un billet dessus ? Je ne me souviens pas l'avoir vu passer... Je vais retourner voir sur ton blog.

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  16. Je dois le lire pour un prix et même sans cette occasion je l'aurai lu. Cette période m'intéresse. Et puis j'ai surtout envie de comprendre l'engouement ou pas pour ce livre et l'auteur.
    Par contre je vais attendre un peu avant de le lire, attendre que l'attention retombe ��

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  17. je n'avais pas encore lu ton billet car j'étais sur le point d'écrire mon article quand tu l'as publié, et je ne voulais pas être influencée:) bref, on est d'accord!

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