dimanche 7 janvier 2018

Chanson de la ville silencieuse

Olivier Adam

Flammarion, 2018



Retrouver un écrivain que l’on aime procure une singulière émotion. Une émotion teintée d’une légère appréhension. Va-t-on éprouver à nouveau le délicieux frisson qu’il nous a déjà offert?

Le précédent roman d’Olivier Adam, La renverse, m’avait laissée sur ma faim.
Il revient aujourd’hui avec un récit profondément intime, dans lequel il explore les fêlures d’une jeune femme, et plus encore peut-être celles de son père, une rock star ayant choisi de se retirer de la vie publique alors qu’il était au sommet de sa gloire.
Au fil du récit, elle évoque une enfance silencieuse, la solitude, l’absence des parents - séparés dès avant sa naissance - quoiqu’ayant successivement vécu sous le toit de l’un, puis de l’autre. Olivier Adam revient sur ce qui le taraude depuis toujours, la soif de sincérité dans les relations que chacun entretient avec les autres, mais plus encore avec soi-même, l’incommunicabilité entre les individus, la difficulté d’être au monde.

Il y a certes une profonde mélancolie dans ce texte. Mais jamais de douleur, encore moins de complaisance. Il y a toujours la poésie de ses phrases, courtes, nominales parfois, interdisant toute fioriture, tout faux-semblant. Et c’est ce que j’aime chez lui, être de plain-pied dans l’émotion, dans la vérité d’un sentiment. 
Si l’on ne trouve plus ici la causticité et l’ironie qui faisaient aussi pour moi la force des Lisières, c’est peut-être parce qu’on sent comme une forme de paix s’installer enfin chez l’écrivain. Même la ville, jusqu’à présent hostile sous sa plume, semble ici devenir plus accueillante.

Vous l’aurez compris, j’ai été touchée par ce texte sensible et sincère qui m’apparaît comme une confession de l’écrivain. Au-delà de cette vision encore sombre quoique apaisée de l’individu qui peine à trouver sa place, Olivier Adam parle du rapport à l’art, de la distance qui peut s’établir entre un artiste, quel qu’il soit, et l’image qu’il renvoie à travers son œuvre. 

Certains le trouveront toujours aussi noir. Pour ma part, je reste plus que jamais sensible à sa grâce, son élégance et son style sans apprêt.


Marie-Claude elle-même a aimé... pourtant, ce n'était pas gagné !

Retrouvez Olivier Adam dans l'émission Boomerang d'Augustin Trapenard, sur France Inter 






34 commentaires:

  1. je n'ai encore rien lu de cet auteur... à voir peut-être!

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    1. Olivier Adam, on aime ou on n'aime pas. Il ne laisse généralement pas tiède. Quoi qu'il en soit, c'est un écrivain à découvrir.

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  2. Je ne te lis pas car je vais le lire bientôt...

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  3. Je suis comme toi, j'aime particulièrement cet auteur même si je l'ai un peu laissé tomber car je trouvais ses récits assez identiques ( et pas mal déprimants il faut le dire). Mais là... qu'est-ce que j'aimerais le retrouver !

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    1. Personnellement, je ne l'ai jamais trouvé déprimant, même si, oui, il est très sombre. Mais j'aime son écriture et son ironie, même si elle n'est pas présente ici. Son style reste en revanche très beau de sobriété.

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    2. Il faut que je me le procure! Et puis ce titre est si beau��.

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  4. Je n'en ai lu qu'un, qui ne m'a pas emballée ; je ne suis pas très tentée de recommencer.

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  5. J'aime l'écriture d'Olivier Adam, je n'ai pas lu son précédent mais là j'ai bien envie.

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  6. Je fais partie de ceux qui n'ont jamais totalement adhéré à Adam. Mais il semble avoir un peu changé d'univers, alors pourquoi pas?

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    1. Je ne dirais pas qu'il a changé d'univers. Mais il y a quelque chose de plus doux dans ce livre, de moins écorché.
      En tout cas, les réactions à ce billet traduisent bien le caractère très contrasté de la réception des romans d'Olivier Adam :-)

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  7. j'aime l'écriture et la sensibilité de l'auteur, je devrais donc aimer... Reste à trouver du temps pour le lire!

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  8. Tu l'as dit, ce n'était pas gagné. Pourtant, j'ai très envie de remettre ça. Et je note "Les Lisières"! Très belle écriture, qui rentre dedans, allant droit au but. L'intrigue en elle-même ne m'est pas apparue trop sombre. Faut dire que je suis capable d'en prendre!
    Il a une grande force, je trouve, celle d'aller chercher la quintessence des émotions de ses personnages, tant masculins que féminins. Ce n'est pas donné à tous...

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    1. Voilà ! Exactement ! Tu dis parfaitement les choses :-))

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  9. Alors, là, je ne te suivrai pas... j'ai commencé deux fois des livres d'Olivier Adam, dont je lisais tant de bien, et deux fois, je n'ai pas pu dépasser quelques dizaines de pages. ni le style ni les thèmes abordés ne me plaisaient.

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    1. Bah oui, c'est ce que je disais : Olivier Adam ne laisse pas indifférent. On est réfractaire ou on adore. Ça prouve qu'il a une pâte bien à lui :-)

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  10. Je le commence et j ai hâte de le découvrir. Je le suis depuis quelques livres maintenant Très bel avis pour un écrivain devenu incontournable !

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    1. Merci ! Moi non plus, je ne rate aucun de ses livres !
      Bonne lecture à vous

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  11. Tsss, il a pompé le magnifique titre du magnifique recueil de nouvelles d'Hubert Selby ("Chanson de la neige silencieuse"), pas bien ça :p

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    1. un hommage peut-être ? ;-)
      Je n'ai jamais lu cet auteur même si j'ai beaucoup aimé l'adaptation de deux de ses romans. Un jour, il arrivera chez moi mais pas cette année, je le crains !

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    2. Voilà, un hommage, c'est ça Electra. A Hubert Selby, en effet, via une chanson de Dominique A., comme c'est indiqué à la fin du roman.
      Jérôme, je me doute que fais partie des "anti" Adam, mais ce n'est pas une raison :-))

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    3. Ah non, je ne fais pas du tout partie de ses détracteurs, je n'ai lu que ses romans jeunesse donc je ne me permettrais pas d'émettre un avis sur sa production "adulte".

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  12. contrairement à toi je ne suis pas fan d'Olivier Adam, mais j'ai beaucoup aimé La Renverse! deux avis très positifs lus le même jour (toi + Marie-Claude) : pas besoin de plus pour me convaincre!

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    1. Tu sais bien comment sont les blogueuses : elles aiment bien s'y mettre à plusieurs pour faire lire un auteur ;-)

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  13. Il est dans ma PAL et à entendre la critique du Masque et la Plume d'hier soir, je craignais le pire et n'avais quasiment plus envie de le lire: tu me rassures et j'espère partager le même bonheur de lecture et la même émotion que toi!

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    1. Je n'ai pas encore écouté Le Masque, qui est une émission que j'aime beaucoup. Mais parfois, ils s'oublient un peu, et je peste dans mon coin (ce qui sera probablement le cas ici) :-))

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  14. J'ai beaucoup lu Olivier Adam, il m'a terriblement émue, souvent. Je suis encore marquée par Des vents contraires, mon préféré je crois.
    La renverse m'avait un peu dérangée, et là, j'avoue que je n'y ai pas cru. Certes, il y a de beaux passages, le style Adam est là, mais j'ai trouvé le récit empreint de caricature, le texte trop travaillé, et les personnages ne m'ont pas convaincue. J'ai conscience d'être sévère, pour autant la rupture avec l'auteur n'est pas consommée, je suis sûre que je lirai le prochain...

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    1. Trop travaillé ? Qu'entends-tu par là ?
      Il me semble que plus que la crédibilité, ce qui se joue chez Adam c'est un rapport au monde, une quête d'identité, une recherche de sincérité dans les rapports humains, une volonté farouche d'en finir avec les faux-semblants... Et, pour ma part, j'ai retrouvé tout cela ici. Avec, comme tu le soulignes, un style qui n'appartient qu'à lui.
      Mais on est toujours sévère avec ceux qu'on aime... :-)

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  15. Un jour peut-être je réessayerai de lire Olivier Adam mais... pas pour l'instant. Je crois que c'est une question d'atmosphère, il y a un truc qui ne passe pas entre nous :-)
    Ravie que tu l'aies retrouvé avec bonheur, c'est vrai qu'on a toujours une petite appréhension à l'ouverture du nouveau livre d'un auteur dont on attend le meilleur :-)

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    1. Eh oui, contrairement aux premiers romans, avec lesquels on ne peut craindre... que la bonne surprise ;-)

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