samedi 6 janvier 2018

Les spectateurs

Nathalie Azoulai
POL, 2018


Pas facile de parler de ce roman.... Mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il m’a laissée perplexe. Pour tout vous dire, j’ai foncé dessus les yeux fermés, sans en rien savoir, tant j’avais été conquise par le précédent titre de l’auteure, Titus n’aimait pas Bérénice.
Nathalie Azoulai joue ici sur plusieurs tableaux et construit son texte sur les non-dits et les silences régnant au sein d’une famille. Cherche-t-elle à installer son lecteur dans le même état d’ignorance que son jeune héros ? Toujours est-il que le propos m’a paru quelque peu obscur. Disons qu’il est question d’exil, de filiation, de stars hollywoodiennes et de malformation congénitale. Vous ne voyez pas bien le rapport entre tout cela ? Moi non plus, et c’est bien ce qui m’a gênée tout au long de ma lecture...

Le seul marqueur explicite de ce roman est le discours que prononça de Gaulle le 27 novembre 1967, un discours qui fit grand bruit en raison de la déclaration qu'il fit à propos du peuple juif, dans le contexte ô combien sensible de la guerre des Six jours. A partir de là, Nathalie Azoulai fait de fréquents allers et retours vers un passé assez flou, évoquant un ailleurs aux contours guère plus définis.

Le héros de ce récit est un jeune garçon d’une douzaine d’années, né en France juste après que ses parents ont quitté leur pays d’origine. D’où viennent-ils ? Quels sont les événements qui les ont chassés de chez eux ? En dépit de ses interrogations répétées, le garçon n’obtient aucune réponse de ses parents, pas plus que n’en trouve le lecteur. Son père reste froid et distant, voire sujet à de violents accès de colère, tandis que sa mère s’évade dans un monde à part, peuplé de vedettes de l’âge d’or hollywoodien. Collectionnant les revues de cinéma, elle ne vit qu’à travers les grandes actrices dont elle connaît la filmographie sur le bout des doigts et auxquelles elle s’efforce de ressembler en se faisant confectionner leurs plus belles robes par sa couturière.

Ce n’est qu’auprès de sa petite sœur, âgée de quelques mois, que le jeune garçon parvient à trouver chaleur et réconfort. Mais l’enfant est atteinte d’une malformation qui devra nécessiter une intervention chirurgicale, à laquelle ses parents ne se résoudront qu’à grand peine.
Ne me demandez pas ce que cette fillette apporte à l’histoire, j’avoue que je m’interroge encore sur la raison d’être de ce personnage...

Sans doute Nathalie Azoulai a-t-elle voulu écrire une fable sur l’exil, sur l’identité, le sentiment d’appartenance. Mais pourquoi alors lui donner un ancrage historique qui, finalement, n’éclaire pas le propos ? Quant à cette obsession pour le cinéma, elle aurait tout aussi bien pu faire l’objet d’un autre livre.

Dommage ! Je ne serai absolument pas parvenue à entrer dans ce roman, qui aura manqué pour moi d’unité et de cohérence.



Cette chronique paraît au moment où l’on vient d'apprendre le décès accidentel de Paul Otchakovsky-Laurens. Découvreur de talents passionné et très engagé auprès de ses auteurs, il faisait honneur au beau métier d’éditeur. C’est un grand homme de l’art qui vient de disparaître.


20 commentaires:

  1. Et hop un de moins dans mes prévisions de lecture...Merci !

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    1. Et pourtant, j'aurais vraiment voulu l'aimer, celui-là...

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  2. Ah dommage, j'avais moi aussi adoré "Titus n'aimait pas Bérénice".

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    1. Bon, après, peut-être est-ce moi qui suis passée complètement à côté du livre ? Je sais que Nicole, de Mots pour mots, se l'est procuré. Je suis curieuse de connaître son avis, et je t'engage à le lire lorsqu'elle l'aura publié...

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  3. Dommage effectivement car le thème aurait pu être fort intéressant... Bon comme Joëlle, un de moins pour moi et pour ça je peux te remercier également haha

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    1. C'est vraiment un sujet qui m'intéresse, en plus...
      J'ai vraiment envie d'avoir d'autres avis sur ce livre. J'avais tellement aimé Titus, ça me paraît dingue d'avoir aussi peu aimé celui-là...

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  4. J'avais bien aimé aussi Titus, on va donc attendre un peu pour celui là!

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  5. Bon, un de moins pour moi, mais c'est un peu dommage de commencer l'année par une déception. Espérons que ta prochaine lecture soit plus enthousiasmante.

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    1. En fait, ce n'est pas tout à fait ma première lecture de l'année, et je me suis assez amusée avec la précédente... mais ma chronique sera pour plus tard... ;-)

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  6. Il vaut mieux que je reprenne "Titus et Bérénice" ; je l'avais à moitié lu quand j'ai eu mes deux interventions aux yeux, je l'avais laissé de coté et pas encore repris. Pourtant, ça me plaisait.

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  7. Dommage - ça me rappelle une autre lecture où l'auteur a voulu aborder plusieurs sujets et ce méli-mélo ne fait que brouiller les pistes et déchanter le lecteur. En lisant, et le fait que l'enfant ignore d'où il vient ? Si on emmène toujours avec soi quelque chose à l'étranger, c'est bien notre culture (pas forcément une identité nationale, mais une culture). Rien que ça, et j'aurais été frustrée tout le long de ma lecture.

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    1. Les parents refusent complètement de répondre. Tout se passe comme si chaque membre de la famille vivait chacun de son côté sans jamais se rencontrer. C'est assez étrange, en fait. On n'apprend jamais d'où ils viennent, on ne sait rien de leur langue d'origine... Du coup, en ta,t que lectrice, je me suis vraiment sentie moi aussi de mon côté, bien seule...

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  8. Mouais alors...
    Pareil que toi, je lisais un livre paru chez POL juste au moment où j'apprenais le décès de l'éditeur.

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    1. C'était un grand éditeur. Alors, forcément, même si on n'aime pas tous les livres qu'il a publiés, on a toujours au moins la curiosité d'aller les découvrir.

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  9. Grosse déception, oui, comme toi ! Je lis ta chronique au moment de publier la mienne et ben c'est tout pareil :-)

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    1. J'ai lu la tienne également. Au moins, il n'y a pas que moi qui suis passée à côté de ce livre...

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  10. Bon, je renonce et pourtant, il me tentait beaucoup...

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    1. Oui, c'est sûr, ma chronique ne fait pas rêver...

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